“Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation est d'y céder. Essayez de lui résister et votre âme aspirera maladivement aux choses qu'elle se sera défendues” 
Oscar Wilde

De quoi avez-vous envie, ici et maintenant ?

Par Alexandra Palao | 16 mars 2016
Nous vivons dans une époque de rapidité, d’instantanéité, de communication non-stop avec le monde extérieur. 
Nous cherchons des solutions immédiates à nos problèmes. Des solutions extérieures à soi.
 
Si les réponses étaient en nous ? Mais qu’il fallait prendre le temps de créer un espace pour les laisser émerger.
 
Mon propos est ambitieux. Rendre à chacun sa liberté, face aux aliments. Face à la vie ?
 
Je crois en la capacité de chacun de prendre en main sa vie, de retrouver sa liberté de choisir en conscience de vivre sa vie, pleinement.
 
Rien se fait fortuitement, il est nécessaire de mettre en œuvre notre capacité créatrice, et pour ce faire, notre attention à l’instant présent.
 
Pourquoi l’instant présent ?
Car il est le seul espace dans lequel nous puissions agir en accord avec nos valeurs. Nos valeurs sont les choses précieuses à notre cœur, celles qui rendent notre vie riche.  Le passé n’est plus, et le futur n’est pas encore. Il n’y a que des instants présents à vivre. Si nous ne les vivons pas, obnubilés par le passé et le futur, ils seront perdus, à jamais.
 
Le lien avec notre rapport à la nourriture ? J’en perçois un, magique et précieux.
Je vous propose une petite anecdote pour mieux l’appréhender.
 
Vendredi dernier, mes pensées vagabondent sur le diner de ce soir.
Je les laisse aller et venir, en les observant avec douceur lorsque soudain, mon regard croise celui d’un joli pamplemousse, qui repose, négligemment dans le panier de fruits. Dodu, gonflé de promesses sensorielles.
Une image s’impose alors à mon esprit : celle d’une salade composée, variée, colorée autour du pamplemousse.
 
L’heure du dîner arrive, avec elle, les prémices de la sensation de faim[1].
Et là, les pensées s’enchaînent, spontanément et avec méthode : un lit de mâche sur l’assiette, de fines rondelles marinées d’un reste de concombres, des haricots verts[2] parsemés deci-delà, quelques amandes émincées délicatement grillées et l’invité d’honneur, le pamplemousse. Il manque encore quelque chose qui apportera la touche finale : un blini maison –sorti de mon congélateur et légèrement réchauffé au grille-pain- tendrement recouvert de cottage cheese et de délicates lamelles d’un saumon fumé bio.
 
Un repas vite préparé et bon pour la santé… physique et mentale.
 
Au final en bouche, une explosion de saveurs, d’arômes, de textures, de bruits variés.
Mon attention s’est attardée à chaque bouchée, source d’un plaisir et d’une satisfaction renouvelés : c’est ce dont j’avais intimement envie, à ce moment précis.
 
Une attention portée à tous nos sens, sans exception et qui va œuvrer à notre rassasiement.
 
Lorsque je sensibilise mes patients, mes collègues à cette approche psycho-sensorielle, ils sont réceptifs, souvent émerveillés.
Ils entrevoient un chemin de liberté, de découverte pour eux, mangeurs en lutte.
 
Mais certains sont rapidement déstabilisés.
Pas de méthode rigide, pas de directives, pas de rails[3].
 
Est-ce si effrayant d’être libre ?
 
Vous donner des menus hebdomadaires est une négation de votre liberté,  de votre unicité de mangeur, d’être humain. Nier vos envies, spécifiques à votre histoire, à vos besoins.
 
Une de mes patientes adore la feta et les yaourts. Elle a des origines yougoslaves et bulgares. En mangeant de feta et yaourts, elle renoue et incorpore une partie de son histoire.
 
Derrière la peur de faire une place à vos envies, il y a la peur d’avoir tous les jours cette envie.
Or, ce n’est qu’une pensée.
« J’ai la pensée que je vais avoir envie tous les jours, voire plusieurs fois par jour, de cet aliment[4] ».
Cette pensée est la conséquence directe des pratiques restrictives.
Nos pensées ne sont pas la réalité.
 
Rien ne vaut l’expérience.
Et si l’expérience était tout autre que l’histoire que vous raconte votre esprit ?
 
Voulez-vous être asservi(e)s toute votre vie ?
Si oui, oubliez ce que vous venez de lire.
Si non, oser vous ouvrir à vos expériences tous sens en alerte, pensées y comprises!
 
 
 
[1] Lorsque l’on mange sans faim, il y a moins voire pas de plaisir alimentaire réel.
 
[2] Le concombre était un reste du midi, les haricots verts bio de chez Picard.
 
[3] Nos rails sont les sensations alimentaires : la faim, le rassasiement (arrêt de la faim) et la satiété (non-faim entre 2 repas). Soyez à leur écoute, avec souplesse, et servez-vous en, le plus possible.
 
[4] En général, le patient parle d’un aliment gras et/ou sucré.



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